Le crépuscule des jeux vidéos indépendants?

  Alors que de puissantes sociétés profitent de l’essor des jeux indépendants, les structures plus petites peinent à émerger sur les plate formes de vente comme Steam où l’offre est surabondante. La situation n’a en effet jamais été aussi mauvaise pour les petits studios de développement. Certes les ventes de jeux vidéos indépendants battent leur plein dans leur ensemble, mais si l’on regarde en détail on s’aperçoit qu’elles sont de plus en plus dispersées. Là ou un jeu indépendant de qualité pouvait en 2010 espérer dépasser le million d’unités vendues c’est aujourd’hui chose quasiment impossible. A titre d’exemple le jeu Wanderlust Adventures sorti en 2015 compte vingt fois moins de joueurs que son prédécesseur, Wanderlust Rebirth sorti en 2012.

Pourquoi un tel effondrement des ventes ?

  La principale cause reste la saturation du marché. Steam, la plate-forme de Valve est sans contexte l’endroit où figurer pour obtenir un tant soit peu de visibilité et donc de réussite commerciale. Mais le catalogue de Steam croît à une vitesse exponentielle, de 561 jeux en 2013 l’offre est passée à plus de 6500 jeux en 2015, de quoi perdre le consommateur. D’autant plus que parmi cette offre pléthorique, les jeux indépendants développés par de petits studios côtoient les productions des principaux acteurs du secteur. Le système Greenlight développé par Steam pour permettre à tout un chacun de soumettre un jeu est paradoxalement à l’origine de ce désastre. Son système d’acceptation très rapide conduit à une affluence démesurée de nouveaux jeux  si bien que chacun d’entre eux bénéficie d’une visibilité minime. Et Steam n’est pas la seule plate-forme a subir ce phénomène, « Playstation + » lancée par Sony fait face au même problème, alors qu’elle avait été accueilli comme le messie par les jeux indépendants lors de sa sortie en 2013 elle contient deux ans plus tard plus de 500 jeux dont ceux de géants du secteur comme Ubisoft.

  Cette abondance de l’offre rend le financement plus difficile pour les jeux d’une taille modeste. Les investisseurs, y compris sur les plate-formes de financement participatif, favorisent de fait les jeux produits par des studios de taille moyenne, voire les produits des grandes structures. Par exemple les utilisateurs de « Playstation + » peuvent désormais voter pour les jeux qu’ils souhaitent obtenir gratuitement, mais le jeu le plus plébiscité, donc le plus mis en avant par ce système n’est autre que Grow Home développé par… Ubisoft. La concurrence de ces poids lourds de l’industrie vidéo ludique est d’autant plus rude qu’ils peuvent mettre en œuvre une campagne de communication beaucoup plus importante que celle des petits indépendants pour un coût qui reste négligeable par rapport à ceux engendrés par leurs productions habituelles. Dans une interview au Monde, Andrew Wilson, le président du numéro un mondial Electronic Arts explique que « bien sûr nous continuons à travailler sur nos grandes licences, FIFA, Mirror Edge, mais rien ne nous oblige à ne faire que des blockbusters ».

Est-ce la fin des jeux indés ?

  Sans parler de fin on ne peut pas nier qu’il est aujourd’hui extrêmement difficile pour une petite équipe de développeurs d’espérer vivre de sa production. C’est peut être la fin d’un modèle, celui des jeux qui, malgré quelques milliers d’euros de budget seulement, pouvaient espérer se vendre à des millions d’unités, mais le début d’un autre, celui de l’élite des jeux vidéos indépendants. C’est en tout cas le pari de Justin Baily qui a annoncé le 18 août le lancement de Fig, une plate-forme de financement participatif avec un intéressement aux ventes. Les contributeurs devront être accrédités auprès de l’administration américaine et investir au minimum 1000 dollars, de quoi lever potentiellement plusieurs millions de dollars pour le développement d’un jeu en lui permettant de rester indépendant. Reste à voir si ce nouvel eldorado tiendra ses promesses…

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