Ces YouTubers aux salaires fous : enquête sur la monétisation

YouTube permet désormais à un grand nombre de personnes de vivre de leur passion. Et pour certains à l’instar de PewDiePie, de son vrai nom Felix Kjellberg, d’en vivre plus que confortablement. En effet, celui-ci gagne plus de 4 millions d’euros par an grâce à ses vidéos. Comment un jeune de 27 ans peut il gagner plus qu’un PDG du CAC 40 en commentant ses parties de jeux vidéos ? Qui paie ces nouvelles stars 2.0 comme Norman, Smosh ou Squeezie ? Comment un média gratuit comme YouTube peut il générer autant d’argent ? Retour sur un phénomène en pleine expansion.

 

L’ampleur du phénomène YouTube

YouTube, ce site web créé en 2005, permet aux utilisateurs d’envoyer, regarder et partager des vidéos. Dix ans plus tard, c’est désormais l’équivalent de 100 heures de vidéos qui sont mises en ligne chaque minute sur YouTube. Après Google et Facebook c’est le troisième site le plus visité au monde : plus d’un milliard d’utilisateurs uniques consultent YouTube, pour regarder chaque mois plus de six milliards d’heures de vidéo, soit en moyenne près d’une heure par personne sur Terre.

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Bien sûr, les comptes des stars de la musique ou des labels sont parmi les plus populaires, mais certains comptes YouTube tenus par des personnes jusqu’à là inconnues du grand public ont su se démarquer par leur nombre d’abonnés pharamineux : loin derrière le suédois PewDiePie et ses 31 millions d’abonnés, certains français à l’instar de Cyprien ou Norman détiennent tout de même de très beaux scores avec respectivement 6 et 5 millions d’abonnés !

Qu’ils s’agissent de vidéos humoristiques, popularisées en France par des étudiants comme Norman (5 millions d’abonnés), ou de vidéos plus féminines dédiées à l’univers de la cosmétique et de la beauté, ces nouvelles star du web ont su trouver un public fidèle.

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Les vidéos de jeux-vidéos connaissent également un vrai succès : à travers ses 1400 vidéos, PewDiePie commente avec humour, grimaces et fous rires des jeux vidéo qu’il découvre en direct devant sa caméra. Il n’hésite pas également à raconter sa vie personnelle, tout en encourageant son public à s’abonner pour devenir un « bro », nom qu’il donne aux membres de sa communauté. En France aussi, les amateurs de jeux vidéo qui réussissent à mêler humour et jeux vidéos attirent les internautes : Squeezie, un jeune gamer de 18 ans cumule en moyenne deux millions de vues par vidéo. Ses vidéos ont été lues pas moins de 71 millions de fois le mois dernier, selon SocialBlade.com. C’est plus que Norman (26 millions), Cauet (24 millions) et Rémi Gaillard  (16 millions) réunis.

 

La monétisation : explication

Maintenant que les moins de 20 ans passent plus de temps sur internet que sur l’écran de la télévision, l’influence de la plateforme YouTube prend de plus en plus d’ampleur, et les entreprises l’ont bien compris. En plaçant des publicités avant ces vidéos à succès, les publicistes s’assurent une visibilité non négligeable. En particulier quand elles sont ciblées en fonction du contenu de la vidéo.

C’est grâce à ces publicités qu’il est possible de gagner de l’argent. Les YouTubers ne sont pas payés pour réaliser leurs vidéos, cependant, lorsqu’ils mettent leur vidéo, ils peuvent cocher une fonction appelée « monétisation » : tout le monde peut l’activer. Mais ce n’est pas si simple car YouTube impose des conditions très strictes sur les droits d’auteur : il faut notamment être à l’origine des images et des sons diffusés sur la vidéo. Sont alors exclus de la monétisation toutes les personnes qui diffusent des musiques ou vidéos dont elles ne possèdent pas les droits. Seuls les véritables créateurs peuvent donc monétiser leurs vidéos

Quatre acteurs clés interagissent ensemble dans le système de monétisation de YouTube :

– Les créateurs de vidéos respectant les conditions de la monétisation 
– Les internautes qui aiment, regardent et partagent les vidéos
– Les entreprises qui souhaitent toucher et cibler des audiences nouvelles ou déjà existantes
– La plateforme d’hébergement de vidéos YouTube, sur laquelle repose le système

Ainsi, lorsqu’un internaute regarde une vidéo, YouTube peut monnayer aux entreprises un espace publicitaire. Dès lors, une annonce est diffusée sur la vidéo. Les gains sont ensuite partagés entre le créateur de la vidéo et YouTube. Cyprien explique : « Il y a alors une petite pub qui s’affiche avant la vidéo, et 50% de ce micro-centime revient au créatif, 50% à YouTube : en faisant des millions de vues, on peut réussir à être indépendant ! ». C’est ainsi qu’il gagne suffisamment d’argent avec ses vidéos réalisés dans sa chambre.

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Ne vous attendez pas pour autant à gagner de l’argent avec vos 200 vues par vidéos, les seuils sont particulièrement élevés. En effet, les petites audiences ne rapportent pas grand chose, d’autant plus qu’il faut attendre le seuil de 100 dollars (70 euros) avant de recevoir le paiement. On estime couramment que 1000 vues rapportent environ 1 dollar (0,8 euro), même si c’est plus variable en réalité. Ainsi 100 dollars de revenus représentent 100 000 visionnages, ce qui n’est pas à la portée de n’importe qui. Seul quelqu’un avec des idées originales, du talent, avec toutefois une part de hasard, peut susciter l’intérêt d’un très grand nombre de spectateurs.

Certains arrivent tout de même à atteindre des records : Squeezie, par exemple, totalise aujourd’hui plus de 630 millions de vues (dont plus de la moitié ces six derniers mois), auxquels il faut rajouter les 200 millions de CyprienGaming… Ces nouvelles stars de la vidéo en ligne préfèrent souvent rester discrètes sur leurs revenus. Un ordre de grandeur quand même : le français Norman a déclaré récemment gagner « dans les 100 000 euros » par an.
Le YouTuber Pewdiepie n’engrange pas moins de 4 millions de dollars par an grâce aux publicités placées au début de ses vidéos, d’après le Wall Street Journal. On comprend mieux pourquoi chaque YouTuber insiste pour que le spectateur s’abonne ou regarde d’autres de ses vidéos…

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Des personnes influentes

Selon une étude réalisée par Variety, les 5 personnes les plus influentes chez les jeunes agés de 13 à 18 ans sont des YouTubers. En haut du classement se trouve le compte Smosh, géré par Ian Anrew Hecox et Anthony Padilla, tous deux agées de 27 ans.  En effet, les adolescents apprécient l’expérience intime et authentique qu’ils peuvent avoir avec les stars de YouTube, notant l’absence de filtre dans la relation.

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On entend souvent les YouTubers dire qu’ils ont fait une vidéo car « beaucoup me l’ont demandé », il y a une certaine sensibilité aux fans, chacun peut participer et amener le créateur à aller dans telle ou telle direction. Il est difficile d’imaginer Jennifer Lawrence -à la septième place du classement- dire qu’elle a choisie le rôle de son prochain film car Internet le lui a demandé…

Ainsi, du fait du nombre d’internautes qui regardent leurs vidéos, les YouTubers deviennent des personnes influentes, que les marques s’arrachent. Nombre d’entre eux établissent des partenariats avec les entreprises dans le but de promouvoir un produit en échange d’une somme d’argent. Ces dernières leur envoient également de nombreux cadeaux dans l’espoir qu’ils apprécient leurs produits et en parlent dans une de leurs vidéos. Les YouTubeuses beautés reçoivent par exemple des cosmétiques tandis que les gamers se voient offrir des jeux-vidéos. En effet, en créant des vidéos adaptées aux annonceurs, il est plus facile d’établir des relations commerciales avec des sponsors.

Dans cette vidéo, réalisée par Stuart Edge (2 millions d’abonnés), on devine clairement le partenariat avec le constructeur japonais Honda :

N’en déplaise à ses fans, le jeune Squeezie, est vite devenu une véritable marque, régulièrement sollicité par l’industrie -très lucrative- du jeu vidéo. Lundi 3 novembre encore, il jouait en direct avec les stars du PSG Salvatore Sirigu, David Luiz et Javier Pastore à la soirée de lancement du dernier Call of Duty. La chaîne CyprienGaming a également expérimenté ce concept de publicité déguisée avec la marque Sony. Bien qu’aucune mention d’un quelconque partenariat ne soit spécifiée, la vidéo « Le syndrome PLUS » faisait bien référence à la fameuse « Playstation Plus » de la marque, d’autant qu’elle proposait un jeu concours pour gagner une console PS4.

 

Plus qu’un passe-temps, une nouvelle profession

Un nouveau métier, un nouveau type d’artiste est né. Et c’est un travail à part entière : script, tournage, montage, mise en ligne, gestion des commentaires… Les plus populaires d’entre eux recourt même aux services d’agents qui les accompagne dans leurs choix. Et comme tout travail mérité récompense : le salaire est là ! Une vraie relation se met alors en place avec les fans. Certains de ces créateurs de vidéos à succès rencontrent souvent leurs fans à l’occasion de festivals du rire ou de meet-up, conscients que tout cela ne pourrait pas être possible sans eux. Mais jusqu’à quand pourront t-‘ils maintenir la fascination du public ? Combien de temps peut-on exercer ce métier ? Devenir YouTuber à part entière est loin d’être un métier sans risque. 

Claire Long

Après 6 mois de stage à Los Angeles, je suis désormais en deuxième partie de césure à New York. Je m'intéresse tout particulièrement à l'influence du web et des nouvelles technologies sur le marketing. Quand je ne traque pas la dernière actu marketing, je recherche les sensations fortes à travers les sports extrêmes !

3 commentaires

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  2. Chouchou Et Loulou, les flammes jumelles

    26 janvier 2016 at 17 h 48 min

    C’est vrai que Youtube fait rêver par son potentiel et ses success stories. Pour autant, il est important de rappeler la réalité du terrain. Même si cela peut avoir l’apparence du blog perso qui gagne des revenus comme par magie, en back office, il n’en est rien. C’est un vrai travail de fond, professionnel.

    Même si il est vrai que les métiers du web font sans doute partie des plus beaux métiers du monde 🙂

  3. Afariat

    3 avril 2016 at 19 h 01 min

    Trop bien

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