Le Deep YouTube, quand le dark web fait surface

Le Deep Youtube

   Ah, YouTube ! Certainement l’un des médias les plus utilisés par les nouvelles générations pour se divertir, écouter de la musique ou se cultiver. Mais êtes-vous déjà allé dans les profondeurs de YouTube ? Car oui, à l’instar du Deep Web, il existe un véritable Deep YouTube qui regorge de contenus plus que dérangeants et malsains. Âmes sensibles s’abstenir, Toile de Fond vous propose un aller simple pour les abysses de YouTube !

 

Mais YouTube c’est quoi ?

  À part si vous vivez dans une grotte depuis une bonne dizaine d’années, il est peu probable que vous soyez passé à coté du phénomène YouTube. Pour les troglodytes, voici un bref résumé.

  YouTube est une plateforme d’hébergement de vidéos en ligne fondée en 2005 par 3 anciens employés de PayPal. Au départ simple lieu de partage de vidéos, YouTube a très vite su tirer son épingle du jeu avec la présence de nombreux clips musicaux, devenant une quasi plateforme de streaming musical gratuite avec un large catalogue.

  En parallèle, YouTube, à l’image des réseaux sociaux, promeut une culture de la viralité : un contenu peut rapidement devenir connu de tous si celui est suffisamment intéressant ou drôle. Dans ce contexte, de nombreux amateurs se filment et tentent de créer le buzz avec des contenus funs et originaux. Avec un système économique fondé sur la publicité, qui permet aux utilisateurs de gagner de l’argent en fonction du nombre de vues de leurs vidéos, YouTube engendre une véritable vague de podcasters. Ces créateurs semi-amateurs de contenus permettent d’alimenter de manière continue la plateforme.

  Aujourd’hui, le métier de youtuber est entré dans les mœurs grâce à des noms tels que Cyprien, Norman ou encore Squeezie. Grâce à des youtubers plus petits (moins d’ 1 million d’abonnés) mais toujours plus nombreux, l’écosystème se développe. Celui-ci est d’ailleurs très varié. Vidéos humoristiques, vulgarisation scientifique, tutos beauté (ou autre), on trouve désormais de tout sur YouTube.

  Aujourd’hui, en 2017, le YouTube francophone enregistrait plus 4 millions de visiteurs uniques par jour et se place comme le 3ème site le plus visité en France juste après Google et Facebook.

Infographie Youtube 2017

Infographie sur le YouTube francophone en 2017

Comment définir le Deep YouTube

  Contrairement au Deep Web, il n’existe pas véritablement de définition du Deep YouTube. Voici une piste pour définir cette partie de YouTube.

  Contrairement au Deep Web, le Deep YouTube ne dépend pas d’une technologie spécifique. Pour rappel, le Deep Web est accessible via un navigateur spécifique (TOR) qui utilise une technologie particulière, limitant son accès et l’anonymisant en partie (Notre article pour bien comprendre le Deep Web/ Dark Web).

  C’est donc sur le contenu que va se fonder notre définition. Le Deep YouTube est en fait constitué de deux sous-ensembles :

   Le premier regroupe l’ensemble des contenus présents sur YouTube et qui sont similaires à des contenus du Dark Web. Ainsi, on y trouvera des contenus illégaux allant de la pédophilie au terrorisme, en passant par la drogue ou les armes. On parlera alors de Dark YouTube.

  Le second concentre des contenus plus qu’inappropriés mais techniquement légaux. On parlera ici d’un Borderline YouTube et c’est ce dont nous allons parler en premier.

 

Le Borderline YouTube : des vidéos inappropriées et dérangeantes

  Et si l’on vous dit que qu’il existe de nombreuses vidéos à caractère pornographique sur YouTube, vous nous croyez ? Si oui, vous avez raison. Il existe en effet un nombre incalculable de vidéos de ce type sur YouTube, qui échappent à la censure du géant. Comment, me direz-vous ? Eh bien c’est très simple : les vidéos sont publiées avec le paramétrage “non répertorié”.

Il existe en fait trois degrés de confidentialité au niveau de la publication d’une vidéo sur YouTube. Elle peut être :

  • Publique : Tout le monde peut voir la vidéo. On peut donc la trouver en faisant une recherche sur YouTube ou bien à partir des suggestions.
  • Non répertoriée : Seules les personnes disposant du lien peuvent y avoir accès.
  • Privée : Seul le propriétaire peut y avoir accès.

Le risque de tomber sur des vidéos non répertoriées est donc, de fait, assez faible.

  En dehors de ces vidéos sur lesquelles il est peu probable de tomber, il existe d’autres contenus très tendancieux et beaucoup plus facilement accessibles. En effet, ces vidéos flirtent toujours avec la ligne rouge et ne respectent jamais véritablement la charte de bonne conduite de YouTube. C’est notamment le cas avec les éléments concernant la nudité ou le contenu à caractère sexuel.

  On retrouve en fait sur un YouTube un phénomène apparu il y a quelques années sur Twitch avec ses “Twitch Girls”. Pour faire bref, Twitch est une plateforme de streaming live consacrée au gaming et qui connait un grand succès. Petit à petit, certains streamers sont devenus, comme sur YouTube, de véritables professionnels, vivant de cette activité. C’est alors que les Twitch Girls sont apparues. Ces streameuses ont connu un rapide succès en jouant sur leurs atouts physiques. Décolleté plongeant, maillot de bain ou encore quasi nudité, tout était permis pour arriver en top-position dans cette course au plus grand nombre de viewers ! Twitch a en partie mis fin problème en clarifiant sa charte via l’interdiction de certains codes vestimentaires et certaines prises de vue.

  Le problème c’est que ce phénomène se développe aussi sur YouTube. C’est notamment le cas avec les vidéos dites d’ASMR (Autonomous Sensory Meridian Response). Ces vidéos de relaxation ont connu un véritable essor depuis 2016, mais sont désormais parasitées par des “Twitch Girls” like. On ne vous donnera pas de lien mais ces vidéos sont très simples à trouver.

  D’autres vidéos encore plus dérangeantes mettent en scène de manière malsaine des personnages populaires auprès des jeunes. On peut par exemple voir Elsa (de la Reine des Neiges) embrasser sa sœur ou encore tomber enceinte de Spiderman (WTF !). Le pire étant que ce genre de vidéos ont énormément de vues, de 1 à plus de 20 millions, dont certainement une bonne partie de jeunes. Cela est d’autant plus choquant quand on sait que la plupart ne sont pas soumises à une limite d’âge.

 

Le Dark YouTube , des contenus similaires au Dark web

 Comme sur le Dark Web, de nombreux contenus pédophiles sont malheureusement disponibles. C’est le Roi des Rats, youtuber français spécialisé dans la critique, qui a mis le sujet sur le devant de la scène en France. Il nous montre l’existence de vidéos de vacances amateures où sont visibles des enfants en maillot de bain. Ces vidéos ne sont pas en soi des contenus pédopornographique. En effet, la plupart ont certainement été filmées de manière innocente par des proches, pour garder un souvenir de vacance par exemple.

  Cependant, ces matériaux de base ont rapidement été détournés à des fins beaucoup plus perverses. En effet, on trouve des chaînes regroupant ce type de vidéos, un peu comme des playlists. Le seul dénominateur commun entre les vidéos étant de voir des enfants habillés de manière plus ou moins légères. Les commentaires sous ce genre de vidéos sont d’ailleurs plus qu’explicites. Même s’il y a potentiellement quelques trolls, ces commentaires attestent véritablement de la présence de pédophiles autour de ces vidéos.

Une vidéo du Roi des Rats sur le sujet du Deep YouTube

  Outre ce genre de contenu, il est aussi facile de trouver des vidéos extrémistes. Propagande pro-Daesh,  suprématiste ou complotiste, le Deep YouTube est aussi un lieu d’endoctrinement. 

  Dans le cas de Daesh, on peut clairement voir deux objectifs quant à leur présence sur YouTube. Tout d’abord, le groupe s’en sert pour diffuser la terreur. C’est notamment le but des vidéos montrant des exécutions ou bien des otages. Le second objectif concerne le recrutement de nouveaux djihadistes. Les vidéos sont alors plus concentrées sur la désinformation. Celles-ci redirigent vers des sites appartenant à Daesh pour un endoctrinement qui est total.

 

YouTube, un cas pas si isolé

   Si le Deep YouTube alarme, ce n’est cependant pas un cas isolé dans l’univers des réseaux sociaux. En effet, on retrouve aussi sur Facebook et Twitter des contenus similaires. On peut ainsi évoquer le TwitterGate, qui a mis en lumière l’existence de nombreux comptes diffusant des contenus pédophiles. La seule solution à ces problèmes reste pour l’instant le signalement massif de ce type de contenus par la communauté.

  Avec un Internet toujours plus rapide qui permet de partager toujours plus de contenus, un réel problème se pose. Que cela soit d’un point de vue technique ou éthique, comment contrôler les contenus  diffusés sur le Web ? Ce n’est cependant pas la première fois que des contenus peu désirables sur Internet sont au cœur de la polémique (cf. ce reportage de 1995). Au final ce n’est pas tant une question d’actualité qu’une question sur la philosophie d’Internet, son principe de neutralité du web et de liberté quasi-absolue.

Guillaume Cloux

Etudiant en M1 à Toulouse Business School et véritable digital native, je suis toujours à la recherche d’un endroit où l’on peut manger de bonnes gencives de porc .

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