Notre récapitulatif et analyse de l’E3 2017

   La 23ème édition de l’Electronic Entertainment Expo (E3), grand-messe annuelle du jeu vidéo, s’est tenue cette année du 13 au 16 juin au Los Angeles Convention Center. Particularité pour cet E3 2017 : le salon n’était plus réservé qu’aux seuls professionnels. 15 000 places ont effectivement été ouvertes au public, pour des files d’attente toujours plus longues… Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est surtout de faire le bilan de cet E3 2017. Nous résumerons ce qu’il fallait retenir des annonces faites durant cet E3. Avec environ un mois de recul sur l’événement, nous vous livrons également notre analyse.

Des liens pour visionner les conférences dans leur intégralité sont disponibles à la fin de l’article. Les liens sur les jeux mentionnés renvoient vers leurs trailers d’annonce respectifs.

 

Xbox One X : le baroud d’honneur de Microsoft ?

   Commençons par la conférence de presse qui était peut-être la plus attendue : la conférence de Microsoft. En effet, le constructeur américain a présenté sa nouvelle console. Ou plutôt la nouvelle déclinaison de sa machine phare. Celle que l’on connaissait auparavant sous le nom de code « Scorpio » est donc la Xbox One X. Cette version boostée de la Xbox One « standard » sortira le 7 novembre prochain dans le monde, au prix de 499€.

   Microsoft nous a inondé de termes techniques obscurs pour un public non-averti (6 téraflops, 12go DDR5, watercooling…). Le tout pour asséner l’argument massue de cette nouvelle console : il s’agit de la plus puissante au monde. Elle est en effet 40% plus puissante que la PlayStation 4 Pro (sa concurrente directe), et la seule console au monde à supporter la résolution 4K native.

 

Présentée à cet E3 2017, la Xbox One X sera la console de jeu la plus puissante jamais sortie. Un pied de nez à la PS4 Pro concurrente.

 

   Microsoft a enchaîné avec pas moins de 42 trailers de jeux, dont 22 exclusifs à la Xbox (et Windows). Avec même quelques surprises, comme Metro Exodus et DRAGON BALL FighterZ. Phil Spencer, le directeur de la division Xbox, a en effet déclaré sur scène vouloir offrir « tous types de jeux à tous les types de joueurs ». Il s’agit là d’un changement radical dans la communication de Microsoft. Jusqu’ici, la Xbox était effectivement présentée comme une plateforme multimédia (pour tous types de divertissement), quand Sony assurait que sa PS4 était faite « pour les joueurs ». Ce rétropédalage n’a en réalité rien d’étonnant de la part de Microsoft. La raison est simple : la PS4 s’est quasiment deux fois mieux vendue que la Xbox One dans le monde.

   La Xbox One X pourrait donc être vue comme un ultime sursaut de Microsoft pour la génération actuelle de consoles. Mais beaucoup de questions subsistent quant à la capacité de la console à trouver son public. D’abord concernant le positionnement marketing de la console. Au vu de son prix et de ses caractéristiques, celle-ci s’insère pile entre le segment des consoles “standard” et celui du jeu sur PC. Ce segment est certes dépourvu, mais représente-t-il un marché suffisant pour rattraper un retard aussi conséquent ?

   Par ailleurs, sur les 22 exclusivités annoncées, la grande majorité est constituée de petits jeux indépendants. Mis à part Sea of Thieves et Forza Motorsport 7, que l’on peut considérer comme des jeux de niche, il n’y aura donc pas de grosse franchise grand public comme Halo (qui a permis à Microsoft de sauver les meubles sur le marché américain notamment) pour accompagner le lancement de la console.

 

Sony prend son temps

   Face aux difficultés rencontrées par son concurrent, Sony s’est permis de livrer une copie relativement décevante pour sa conférence. Il semble en effet que le constructeur japonais capitalise sur sa confortable avance, et pense déjà à la prochaine génération de consoles. Bien qu’il ne s’agisse que de rumeurs, le lancement de la prochaine PlayStation pourrait être relativement proche (2019 ?). La PS4 Pro (version augmentée de la PS4 classique) console de milieu de cycle, est sortie avec un an d’avance sur la Xbox One X.

   Pourquoi qualifier cette conférence de décevante ? Tout reste bien sûr en partie subjectif. Toutefois, si l’on se réfère aux conférences des années précédentes, Sony s’est montré bien avare en annonces cette année. La seule grosse surprise tient en effet en l’annonce de Shadow of the Colossus PS4 qui est en fait… le remake d’un jeu de la PlayStation 2, aussi cultissime soit-il.

 

Sony n’a quasiment rien montré des grosses exclusivités annoncées à l’E3 de l’année dernière. À la place, on a revu un jeu de 2005… pour notre plus grand plaisir.

 

   Sony s’est par ailleurs gardé de montrer du gameplay, à l’exception du prochain Spider-Man exclusif et d’un Days Gone en l’état inquiétant. Rien n’a même été délivré concernant de gros jeux annoncés en grandes pompes l’année dernière, comme The Last of Us 2 ou Death Stranding. Beaucoup de critiques ont ainsi fusé contre Sony, arguant qu’il est facile de jouer sur les effets d’annonce pour des projets destinés à sortir 3 ans plus tard, mais plus difficile de donner du concret au public. Quelques extraits inédits ont cependant été montrés pour des jeux en Réalité Virtuelle (VR). Sony a vendu plus d’un million d’unités de son casque PSVR depuis son lancement. Une belle performance mais un marché encore extrêmement restreint ramené à la base installée de la PlayStation 4.

   Attention cependant au relâchement de la part de Sony. En effet, si la division Xbox est relativement mineure au sein de Microsoft (11% des revenus de 2016), la division PlayStation est la seule à être profitable chez Sony. La PS4 porte donc à elle-seule la rentabilité du constructeur japonais. Ce dernier a de fait tout intérêt à consolider son avance, et à ne pas se reposer sur ses lauriers. Pour ce faire, Sony tente désormais de toucher le grand public. Initialement focalisé sur les “core gamers” et les grosses annonces destinées à ces derniers, Sony fait donc aujourd’hui la cour aux joueurs occasionnels. L’exclusivité sur la franchise Spider-Man et les offres agressives sur la PlayStation 4 en sont le meilleur exemple. La génération actuelle ayant dépassé son milieu de cycle, l’objectif implicite est de vendre un maximum de consoles avant de passer à la suite.

 

La 3DS est morte, vive la Switch !

   Pour la première fois, Nintendo est venu à l’E3 avec une nouvelle console qui était encore non annoncée lors de l’édition précédente : la Switch (sortie le 3 mars 2017 dans le monde). Ne tenant plus de conférence de presse depuis plusieurs années, Nintendo a diffusé son “Spotlight” (une vidéo diffusée en streaming et non en direct) d’une durée de seulement 30 minutes. Pourtant, celui-ci s’est révélé riche en informations.

   Nintendo a ainsi annoncé Metroid Prime 4, un jeu extrêmement attendu par les fans et dont le dernier opus remonte à 2007. The Pokémon Company nous a également laissé savoir que le prochain jeu Pokémon est en développement pour la Switch. Cependant, grâce à ces deux annonces, la palme du buzz le plus facile revient sans conteste à Nintendo. En effet, la première se résume à teaser de 43 secondes ne montrant qu’un logo et un obscur extrait de bande-originale. La seconde est une déclaration laconique de Satoshi Tajiri (créateur et producteur de la franchise Pokémon), interrogé dans son bureau. Bref, aucun extrait de jeu, aucune information sur le contenu, et surtout, aucune fenêtre de sortie. Comme son compatriote Sony, Nintendo joue sur du pur effet d’annonce.

   Il y a pourtant eu du concret chez Nintendo cette année. Deux jeux basés respectivement sur les univers de Kirby et de Yoshi ont été annoncés pour 2018, et montrés. Surtout, Super Mario Odyssey a eu droit à une date de sortie: le 27 octobre prochain. Le jeu était également jouable pour la première fois sur le salon. Le moins que l’on puisse dire est qu’il a fait l’unanimité chez ceux qui ont eu la chance de le tester. Comme pour ses illustres prédécesseurs, ce nouvel épisode de la franchise au plombier moustachu a été élu meilleur jeu du salon par la quasi totalité de la presse spécialisée internationale.

   Mais ce qu’il faut retenir de cet E3 pour Nintendo, c’est que la 3DS arrive en fin de vie. En parallèle, le constructeur japonais intensifie ses efforts pour pousser sa nouvelle machine. En effet, le spotlight n’a mis en avant que des jeux sur Switch. Seulement deux jeux 3DS ont été annoncés en catimini. De plus, la franchise Pokémon jusque-là réservée aux supports portables comme la 3DS arrivera donc désormais sur Switch. Or, les jeux Pokémon sont de véritables fers de lance pour les consoles Nintendo. Si la communication officielle de Nintendo dément l’abandon de la 3DS, il est normal que la console arrive en fin de vie après 7 ans de bons et loyaux services.

 

Nintendo intensifie ses efforts sur la Switch, nouvelle, et enterre peu à peu la 3DS, vieillissante. Pour ce faire, l’éditeur transfère ses plus grosses licences d’une console à l’autre.

 

   Autre élément qui appuie l’idée de la fin de la 3DS : la sortie par Nintendo de la New 2DS XL ce 28 juillet. Cela vous paraît paradoxal ? Pourquoi Nintendo sortirait-il une nouvelle déclinaison de la 3DS si celle-ci arrive en fin de vie ? La réponse est simple : la New 2DS XL est une version basique de la 3DS, amputée de certaines fonctionnalités (comme la 3D, d’où son nom). Elle peut donc être vendue à bas prix. Il s’agit là d’une manœuvre de Nintendo pour toucher les tous derniers acheteurs potentiels de sa console, avant que cette dernière ne tire définitivement sa révérence.

   Enfin, Nintendo développe de plus en plus de jeux sur smartphones. De plus, la Switch a un concept hybride situé entre console portable et de salon. L’intérêt de continuer à supporter une console uniquement portable est donc de plus en plus limité. D’ici à fin 2018, nous pourrons faire nos adieux à un des plus gros succès de l’histoire de Nintendo.

 

Conférences des éditeurs-tiers

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Electronic Arts

   La conférence Electronic Arts (EA) a été la parfaite confirmation que l’éditeur mise de plus en plus sur le jeu-service. L’ouverture de la conférence sur les futurs contenus additionnels de Battlefield 1 en a été la première démonstration. Le jeu est en effet sorti en octobre dernier et continuera à recevoir des mises à jour majeures jusqu’à 2018.

   L’éditeur a poursuivi en présentant plusieurs gros jeux issus de franchises célèbres. Parmi ceux-ci: Need for Speed Payback et Star Wars: Battlefront IITous deux bénéficieront d’un support à (très) long terme, avec des mises à jour gratuites et des microtransactions en jeu. Concernant ces microtransactions, le modèle “Ultimate Team” ne sera plus exclusif à FIFA et viendra se greffer aux autres jeux de sport de l’éditeur américain. Rien d’étonnant étant donné que “UT” a rapporté à lui-seul 800 millions de dollars sur l’exercice fiscal 2017.

 

Anthem est sans conteste l’un des plus gros jeux annoncés à l’E3 2017. Prévu pour fin 2018, il dispose de sérieux arguments… mais aussi d’une concurrence sérieuse.

 

   L’exemple le plus intéressant en termes de jeu-service est celui d’Anthem. Ce dernier jeu est la grosse annonce surprise de la conférence EA. Il s’agit d’une nouvelle IP (Propriété Intellectuelle) développée par BioWare, un studio canadien réputé pour son excellence. Anthem joue plusieurs rôles pour EA. D’abord, il est une vitrine technologique puisque le jeu tourne sur le moteur Frostbite, véritable fleuron de l’industrie. Ensuite, il vient concurrencer Destiny et The Division, deux jeux du même genre (le jeu de tir et de rôle multijoueur). Ces deux derniers sont en effet d’énormes cartons commerciaux, édités par les principaux concurrents d’EA, respectivement Activision et Ubisoft.  EA a donc d’énormes ambitions pour son jeu, puisqu’il compte l‘opérer pendant 10 ans selon Patrick Söderlund (vice-président exécutif d’EA).

   Enfin, EA s’appuie sur son statut de premier éditeur mondial pour promouvoir l’innovation dans le domaine du jeu vidéo. L’éditeur a profité de sa conférence pour annoncer la création d’une nouvelle division. Celle-ci s’appelle SEED, pour Searching for Extraordinary Experiences Division. Il s’agira d’une équipe pluridisciplinaire ayant pour but de travailler sur des technologies expérimentales d’avenir. Parmi celles-ci : Intelligence Artificielle, réseaux neuronaux, Deep Learning… EA rejoint ainsi les ambitions d’autres géants comme Google ou Facebook en matière d’incubation, d’innovation et de progrès.

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Étudiant à Toulouse Business School et passionné depuis toujours par les nouvelles technologies au sens large. linkedin.com/in/victordroin/

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