La France et le Numérique

Introduction

  La sentence est tombée. En février dernier, la France a perdu deux places au classement DESI (Digital Economy & Society Index), lequel mesure « les progrès accomplis par les États membres de l’Union Européenne vers une économie et une société numériques », tombant ainsi en-dessous de la moyenne européenne. Un constat qui pose gravement question à l’heure de la Révolution Numérique, laquelle annonce un nouveau paradigme socio-économique. Face au déclin industriel inéluctable de notre pays, et à la nécessité d’un renouveau économique, il apparaît en effet crucial pour la France de s’ancrer solidement et durablement dans une nouvelle dynamique, axée sur le numérique. Un impératif autant qu’une opportunité d’en finir enfin avec la croissance économique atone et le chômage de masse que nous connaissons depuis quelques années, et surtout de devenir un acteur majeur de la modernité. Faut-il alors être pessimiste quant à notre capacité à devenir l’un des leaders de l’économie numérique, statut désormais inhérent à celui de grande puissance ? Si la situation est encore loin d’être idéale, de nombreuses initiatives, réussites et organisations françaises laissent à penser que finalement, il se pourrait bien que notre pays ait encore de belles cartes à jouer.

  En préambule, quelques petites précisions quant à ce que l’on entend par “Numérique”. Au niveau macroéconomique et sociétal, la Révolution (une notion qu’on aime bien en France) Numérique induit une transformation en profondeur des pays dits développés : la numérisation des infrastructures, des outils de travail, des loisirs, des données personnelles, de notre maison… bref, de notre mode de vie. Les entreprises que l’on associera le plus facilement au concept de numérique sont les startups : entreprises à fort potentiel de développement international et de croissance, dans des secteurs d’activité porteurs, parfois disruptifs. Celles-ci seront donc amenées à avoir un rôle majeur dans la création de richesses et d’emploi, dans l’économie de demain. Attention : cet article n’a pas pour but de faire un état des lieux exhaustif du numérique en France, mais bien de mettre en avant les atouts que présente notre pays dans ce secteur, et les freins qu’il nous reste encore à lever pour nous inscrire pleinement dans l’économie et la société de demain.

 

2016, l’année des records tricolores ?

  Commençons avec quelques bonnes nouvelles ! Tout d’abord, le CES (Consumer Electronic Show, à savoir la grand-messe annuelle du numérique qui se tient à Las Vegas) de 2016 a vu se démarquer de nombreuses startups françaises. Cette année, la France était la première nation étrangère avec plus de 128 entreprises représentées. La délégation française s’est notamment démarquée de la concurrence dans des secteurs au potentiel de croissance gigantesque, la santé et les objets connectés pour ne citer qu’eux.

DVine

D-Vine, la « machine Nespresso du vin » a été consacrée meilleure startup au CES de 2016. Un succès on ne peut plus français…

  Non contente d’être la plus grosse délégation derrière les États-Unis au CES, la France a réitéré l’exploit au Mobile World Congress de Barcelone (le plus gros salon mondial dédié aux technologies mobiles et de communication), qui s’est tenu à la fin du mois de février dernier. Etre présent c’est bien, mais remporter des récompenses, c’est mieux. Or, des entreprises françaises ont cette année remporté 4 prix dans des catégories majeures : EBlink pour la meilleure innovation télécom, Famoco pour la meilleure solution BtoB, Plussh pour la meilleure startup, et Air-Lynx la catégorie « coup-de-cœur ». Une très bonne lancée, donc, sur laquelle il s’agira de surfer au mieux afin de faire peser et faire connaître les entreprises françaises à fort potentiel de croissance.

 

La French Tech : le promoteur du numérique français

  Vous vous demandez sûrement ce qui a bien pu causer ce sursaut national aux grands événements numériques mondiaux ? Eh bien la réponse tient en partie à l’action d’une toute nouvelle entité créée en 2013 et rattachée au Ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique : la French Tech. Son rôle est de détecter et faire émerger les projets innovants, les accompagner dans leur développement, ainsi que coordonner et fédérer entre eux les porteurs de projet. Pour rassembler une telle délégation aux événements internationaux comme le CES, ce rôle de coordinateur est essentiel.

  Ainsi, la French Tech se définit avant tout comme l’écosystème des startups françaises. Or, cette notion d’écosystème est absolument capitale. En effet, si la très singulière Silicon Valley est devenue tellement imposante (pour ne pas dire hégémonique) dans le domaine des nouvelles technologies, c’est d’abord parce qu’il s’est constitué dans cette zone un véritable regroupement d’entreprises et d’institutions aux intérêts et objectifs convergents : les ingénieurs de Google y échangent librement avec ceux de chez Intel ou Oracle, les Universités locales comme Stanford sont spécialisées en innovation et nouvelles technologies, de nombreux laboratoires et centres de recherche y sont installés… Un cercle vertueux s’installe alors puisque de nouvelles startups viennent sans cesse s’y installer pour bénéficier de tous ces avantages. L’initiative French Tech entend donc s’inspirer de ce modèle à l’échelle locale de 17 métropoles, pour développer le tissu de startups françaises et mettre en relation les jeunes talents. Pour ce faire, elle compte les fédérer, mais aussi en les accompagner via un fonds d’investissement de 200 millions d’euros (géré par la Bpi, la Banque publique d’investissements) et la création d’un label French Tech reconnu à l’international. En parallèle, le dispositif French Tech Ticket vise à attirer en France les entrepreneurs étrangers. Toujours concernant la dimension internationale, la French Tech dispose de hubs dans de nombreuses villes à l’étranger, parmi lesquelles on citera, pêle-mêle, Londres, New York, Tokyo, Dubaï, Cape Town, Hong-Kong, Moscou, Montréal…

Les 17 métropoles French Tech :

  Issue de la première vague de labellisation. Digital Grenoble, en plus de son rôle classique de développeur et d’accompagnateur de startups grenobloises, soutient le développement d’une Ecole Numérique qui ouvrira cette année : Digital Campus Grenoble (ouverte aussi aux étudiants n’ayant pas le baccalauréat). Digital Grenoble mise en réalité beaucoup sur les étudiants, avec la mise en place du concours International Student Award, qui permet aux étudiants intéressés à la fois par l’international et le numérique de proposer des scénarios sur le statut de l’économie dans 10 ans. Les gagnants pourront être mis en relation avec des PDG de startups connues, voire même de licornes. Digital Grenoble a également mis en place le « lundi des entrepreneurs », qui alloue une demi-journée dédiée à des rencontres pour les entrepreneurs en devenir, afin qu’ils échangent autour de leurs projets.

French-Tech-Grenoble

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Étudiant à Toulouse Business School et UCD (University College Dublin) en e-business. Passionné depuis toujours par les nouvelles technologies au sens large, je me spécialise dans le domaine du jeu vidéo. linkedin.com/in/victordroin/

3 commentaires

  1. Retrolien : La France et le Numérique – Victor Droin Blog Personnel

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    Serge

    31 mars 2016 at 13 h 59 min

    super article 🙂 par contre, une “licorne” c’est une start-up valorisée un milliard ou plus, mais cette valorisation est issue d’investissement privés (avant introduction en bourse)
    Pour les “licornes”, on ne parle donc pas de valorisation boursière, juste de valorisation

    • Avatar

      Victor Droin

      31 mars 2016 at 14 h 14 min

      Effectivement, très bonne remarque ! Merci pour le commentaire 🙂

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